Busan, République de Corée — 25 juillet 2026
- Monsieur le Président du Comité,
- Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
- Mesdames et Messieurs les Délégués,
Six noms viennent de rejoindre la Liste du patrimoine mondial: Moroni, Iconi, Itsandra, Ntsoudjini,Mutsamudu et Domoni.
Six cités sultanesquesnées de la rencontre entre l'Afrique,le monde arabo-persan,l'Inde et l'océan qui les relie,et qui ont façonné, siècle après siècle,l'âme de l'archipel des Comores.
Permettez-moi avant toute chose, de sortir un instant du registre protocolaire, pour vous dire ce que ce momentreprésente pour moi.
Je ne suis pas seulement le Chef d'un État qui vient de voir six de ses cités historiquesreconnues par le monde entier : je suis, comme chacun de mes compatriotes, l'héritier de ces palais, de ces mosquées et de ces places publiques oùj’ai appris très tôt que notre petit archipel avait une grande histoire où se conjugue a merveille, l’Afrique, le monde arabe, le monde perse, l’Ide et l’Indonésie.
Nous avons été, Mesdames et Messieurs, la mondialisation avant l’heure.
C'est cette conviction intime,bien plus qu'un exercice diplomatique, qui m'a poussé à porter personnellementce dossier.
Ces médinas ne sont pas des vestiges, figées dans le passé.
Leurs ruelles portent encore les pas de ceux qui y prient, y commercent,y célèbrent leurs mariages et y accompagnent leurs défunts selon des rites transmis depuis des temps immémoriaux.
Leurs mosquées de vendredi, leurs portes sculptées, leurs places de danse et leurs quais de pêcheursracontent une histoire commune à tout l'archipel,celle de sultanats qui ont su, durant des siècles,organiser la cité, réguler le commerce maritime et faire dialoguer les croyances et les savoirs venus du monde swahili.
C'est cette continuité, rare pour un patrimoine urbain de cette nature,que votre Comité reconnaît aujourd'hui, et j'y vois la plus belle des confirmations: ce patrimoine n'appartient pas seulement à notre histoire,il appartient à notre présent, voire à notre futur.

Ce travail n'aurait pu aboutirsans l'accompagnement de partenaires dont je vais nommer certains :
La Fondation ALIPH l'École de Chaillot l'Institut National du Patrimoine de France et les Compagnons du Devoir ont tous accepté de nous accompagner dans le but de faire de cette inscription une vraie source de développement dans tous les domaines.
Je veux surtout remercierla République Française,le Royaume d’Arabie Saoudite et le Sultanat d’Oman, qui accompagnent ce processus depuis ses prémices et n'ont cessé d'en faciliter /chaque étape diplomatique et technique.
Je remercie enfin le Centre du patrimoine mondial et l'ensemble des experts qui ont examiné notre dossier avec la rigueur que commandeune telle reconnaissance.
Je réserve une mention spéciale au Dr Badjrafil, notre Ambassadeur Délégué permanent auprès de l’UNESCO ainsi que ses collaborateurs, qui se sont pleinement investis dans cette réussite collective
Pour les Comores,cette inscription dépasse la seule fierté patrimoniale.
Elle est une affirmation de souveraineté sur notre propre. Récit : celui d'un archipel qui, loin d'être à la marge des grandes routes de l'histoire en a longtemps été un carrefour actif, un lieu d'échanges, de savoirs et de gouvernance raffinée.
Elle rappelle au monde que nos îles ont su, bien avant les cartes modernes, relier l'Afrique orientale,la péninsule arabique et la Perse en un seul espace de civilisation.
Elle est aussi un levier de développement pour nos jeunes qui y trouveront des métiers de la conservation, de la médiation culturelle et du tourisme patrimonial,et pour nos territoires,qui gagneront en visibilité et en attractivité économique.
Je le dis souvent à notre jeunesse, et je le répète ici :nous n'avons pas à emprunter notre fierté à d'autres.
Elle est déjà dans nos pierres, dans nos mosquées séculaires, dans la mémoire de nos sultans et dans la sagesse de nos anciens.
Le rôle de ma génération n'est pas d'inventer cette fierté, mais de l’enrichir et de la transmettre intacte, aux générations qui nous succéderont sur ces îles.
Nous mesurons pleinement la responsabilité qui accompagne cette reconnaissance.
Une inscription au patrimoine mondialn'est jamais un aboutissement définitif ; elle ouvre un temps d'obligations renouvelées.
Mon gouvernement s'engage à doter chacune de ces six cités d'un plan de gestion à la hauteur des exigences de l'UNESCO, à mener à bien, avec nos partenaires,la formation de nos experts nationaux à la conservation du bâti ancien, et à associer étroitement les communautés à la gouvernance de ce patrimoine, car ce sont elles qui, chaque jour, en assurent la garde silencieuse.
Un centre national de conservation des arts et de la culture est en préparation à cet effet, pour ancrer durablement ces compétences sur notre sol et former, sur place,les générations qui auront la charge de ce patrimoine après nous.
Nous veillerons également à ce que cette reconnaissance internationalese traduise par des retombées tangibles pour les habitants de ces six cités, dans le respect de leur cadre de vie et de leurs usages.
Cette responsabilité, nous l'assumerons aussi dans une dimension régionale.
L’Océan Indien occidental compte d'autres cités historiques,d'autres traditions maritimes, d'autres mémoires côtières qui méritent la même attention.
Les Comores entendent, dans les années à venir, partager l'expérience acquise à travers cette candidature avec les pays voisins engagés dans des démarches similaires, // convaincues que la préservation du patrimoine de notre région gagne à se penser collectivement.
Je veux enfin remercier la République de Corée pour son hospitalité et l'organisation exemplaire de cette session, ainsi que l'ensemble des États membres du Comité, dont le vote engage aujourd'hui la communauté internationale à nos côtés dans la préservation de ce bien commun.
Je remercie également le Secrétariat de l'UNESCO et toutes les délégations qui, par leurs questions et leurs échanges avec notre équipe, ont contribué à enrichir ce dossier.
Les médinas des Comores rejoignent désormais un patrimoine qui n'appartient à aucune nation en particulier, mais à l'humanité tout entière.
C'est avec cette conscienceque nous en assumerons la garde, avec humilité et détermination.
Avant de conclure, je voudrais m'adresser directement à mes compatriotes, partout où ils se trouvent ce soir, dans le pays et dans la diaspora: ce que le monde reconnaît. aujourd'hui,c'est ce que vous avez su préserver sans jamais en attendre de reconnaissance.
Continuez à habiter vos médinas,à les faire vivre,à y marier vos enfants et à y raconter vos histoires ; c'est la meilleure garantie que ce patrimoine traversera encore des siècles.
Et c'est avec la même fierté que j'invite chacun d'entre vous, ici présents, à venir un jour marcher dans leurs ruelles, à s'asseoir sur leurs bangwe, leurs pagahari, à écouter le récit de leurs anciens, pour y découvrir ce que des générations de Comoriens ont patiemment bâtiface à l'océan.
Notre pays sollicite votre contribution et l’apport de tous les pays du monde ici présent,chacun dans ce qu’il peut apporter à notre vieille histoire, autant que dans les investissements divers pouvant faire de cette inscription,un levier de développement profond et durable de notre pays.
Enfin, je vous invite, à vous joindre à nous à 18 heures,dans la salle des délégués, pour vous parler davantage de notre pays et célébrer ensemble, cette journée historique.
Je vous remercie.