Union des Comores

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Présidence de la République

Interview du Président de l'Union des Comores, Son Excellence Monsieur Azali Assoumani

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Le Président Assoumani qui a récemment pris les rênes des Comores était de passage chez nous pour assister à la passation des pouvoirs à la COI. Il en a profité pour consolider et approfondir les relations bilatérales avec Maurice.

BUSINESSMAG. Vous êtes à la tête de l'Union des Comores depuis mai 2016 ; peut-on savoir quelles sont vos priorités ? 1

Nous avons plusieurs priorités à l’agenda dont l’appel à la stabilité du pays car malheureusement, jusqu’à l’heure, le pays n’est pas encore uni. Le développement socio-économique du pays est une priorité à laquelle nous attachons une grande importance. Nous mettons tout en œuvre afin d’apporter aux comoriens un mieux-être et un mieux-vivre. Notre programme politique va dans ce sens et nous sommes capables d’offrir une meilleure vie à notre peuple. Nous travaillons également sur des projets pouvant être lancés de façon stratégique pendant les cinq ans que nous serons au pouvoir. (NDLR : Les Comores ont un système politique qui s’appelle la tournante. Chaque cinq ans, il faut qu’un nouveau Président de la République originaire d’une île différente succède à celui qui est au pouvoir

BUSINESSMAG. Vous dites que votre pays n’est pas encore uni. Faites-vous référence à Mayotte ? 2

 Depuis le 6 juillet 1975, date à laquelle nous avons eu notre indépendance, Mayotte est, elle, restée sous administration française et cela en violation des règles internationales. Ce qui fait que depuis 41 ans, nous sommes en contentieux avec la France, ce qui, je tiens à préciser, ne nous empêche pas d’avoir des relations avec l’hexagone. La France est un de nos principaux partenaires économiques. Nous espérons que la relation que nous entretenons avec elle permettra de trouver une solution.

 A partir des années 2002/2003, j’ai personnellement initié un dialogue direct avec la France. Avec le Président Jacques Chirac, nous avions alors mis en place un comité mixte. Malheureusement moi je suis parti en 2006 et Jacques Chirac également est parti en 2007. Il n’y a donc pas eu de suivi. Au contraire les choses se sont détériorées car Mayotte est passée de statut territorial à départemental. Mon prédécesseur a initié un dialogue en 2013 et nous allons lui emboiter le pas et essayer de dialoguer directement avec la France. Pour cela, nous aurons besoin de l’arbitrage de la Commission de l’Océan Indien et des Etats de la région. Nous sommes totalement ouverts à toutes solutions pour que le drapeau comorien flotte sur Mayotte. 

BUSINESSMAG. Il y a également de plus en plus de Comoriens qui tentent de rejoindre clandestinement Mayotte et ils sont victimes d’abus ? Cela vous interpelle-t-il ? 3

C’est la conséquence de ce que je viens de vous dire. Le fait que les trois îles n’aient pas un niveau de vie tellement élevé, pousse les gens à tenter la traversée pour Mayotte à la recherche d’une autre vie. Toutefois il n’en demeure pas moins que Mayotte est leur pays. Mais en 1994 ou 1995, la France a exigé un visa pour se rendre à Mayotte ; et souvent les comoriens qui font une demande de visa sont refoulés. Ils y vont clandestinement par des bateaux de fortune et souvent cela se termine par des désastres terribles. C’est regrettable ! Cette situation fait que nous devons trouver une solution définitive pour mettre un terme à ce contentieux.

BUSINESSMAG. Depuis votre arrivée au pouvoir, quelle évaluation faites-vous de la situation économique actuelle de l'Union des Comores ? 4

Ma première constatation est que nous avons régressé. Quand j’ai quitté le pouvoir en 2006, le taux de croissance était de quatre pour cent. Entre temps, Il n’a cessé de dégringoler et maintenant on parle d’un taux de croissance d’un pour cent. La situation a drastiquement dégénérée. Ceci dit, nous devons tenir en compte que le monde entier est passé par une crise économique internationale. Il y a des pays qui ont pu se relever mais malheureusement, chez nous, la remontée n’a pas été au rendez-vous. Mais nous espérons qu’avec l’appui de nos partenaires multilatéraux et notre détermination nous réussirons à relever ce défi.    

BUSINESSMAG. Votre économie est grandement dépendante du secteur agricole dont sur des produits tels que l’ylang-ylang, le clou de girofle ou encore la vanille. Peut-on connaître le poids de ces produits dans vos exportations ? 5

Notre économique est effectivement basée sur deux secteurs primaires notamment l’agriculture et la pêche et sur un tertiaire ; le secteur des affaires. Nous n’avons pas de secteur secondaire car nous ne disposons pas d’industrie. Mais nous avons comme vous dites, l’agriculture avec l’ylang-ylang, le clou de girofle, le café et la vanille.

Ces produits de rente sont jusqu’à l’heure destinés à l’export. Pour l’instant, nous ne sommes pas en mesure de les travailler sur place pour ainsi créer des industries et générer de l’emploi  à l’exemple de beaucoup de pays. Ces produits ont une haute valeur boursière et si nous avions la possibilité de les transformer sur place avant de les exporter, le pays en sortirait gagnant et cela aiderait à résoudre le problème du chômage. Je tiens à préciser que nous travaillons actuellement sur des moyens de transformer ces produits. 

En ce qui concerne la vanille, Madagascar a la bonne quantité car c’est une grande île mais les Comores se vantent d’avoir la meilleure qualité. Nous essayons de produire de plus en plus mais compte tenu de notre superficie, nous ne sommes pas en mesure de concurrencer Madagascar sur la quantité. Mais ce qui est sûr, c’est que nous allons nous investir davantage et dans la durée pour des produits haut de gamme. Ce sont des produits dont les prix connaissent des hausses et des chutes. Et à chaque fois que les prix descendent, nous laissons tomber alors que nous devrions préparer les agriculteurs et leur donner les moyens de faire face à la fluctuation des  prix.

BUSINESSMAG. Donc, les Comores souffrent d’une faible diversification économique. Ne pensez-vous pas qu’une transformation structurelle de votre économie est indispensable ?  6

Tout à fait. Notre économie est basée sur des produits de rente à l’export et ce n’est pas suffisant donc il nous faudra créer d’autres secteurs. C’est ainsi que le partenariat avec Maurice peut nous être bénéfique car Maurice est un bel exemple à suivre. Par exemple l’île Maurice a su créer de la valeur ajoutée avec sa canne à sucre. La nature nous a bien gâtés aux Comores ; nous avons de belles îles et notre environnement est bien préservé. Nous voudrions investir dans le tourisme et créer ainsi un secteur touristique de grande valeur. Nous avons des plages de sable blanc magnifiques, des montages extraordinaires, des sites historiques de plusieurs siècles, une culture arabo-musulmane et africaine qui fait la particularité des Comores dans l’Océan Indien. Il y a des gens de plus en plus riches qui veulent voyager et découvrir de nouvelles destinations. Nous devons tirer profit de cela, car les Comores  peuvent être cette nouvelle destination. Le secteur de la pêche est encore très embryonnaire, mais il peut être un véritable levier de croissance. Nos artisans bijoutiers sont très talentueux et nous importons beaucoup d’or pour nos mariages traditionnels. Il va falloir penser à une autre façon d’importer cet or pour créer de la valeur ajoutée. Nous devons avoir une véritable politique incitative pour que notre diaspora qui pèse plus de 150 millions d’euros investisse au pays et crée des emplois, notamment dans les nouvelles technologies.  

BUSINESSMAG. Où en sont les explorations concernant la présence du pétrole et du gaz au large des côtes comoriennes ? 7

Il y a dix ans ou moins, nous avons commencé à en parler sérieusement. Il y a plusieurs  sociétés qui ont été recrutées pour faire de la prospection. De l’avis de tous, ce sont des prospections sérieuses, ces produits peuvent effectivement exister. Nous venons de prendre le pouvoir, et nous allons maintenant prendre connaissance des travaux et voir comment nous pouvons assurer la continuité de ces explorations. Nous nous donnerons les moyens qu’il faut pour faire que cela soit au profit du pays. Cela prendra certainement des années car ce sont des travaux qui commencent maintenant et que nous léguerons aux générations à venir. A ce sujet, nous faisons très attention à ne pas leur léguer des bombes à retardement, mais nous voulons leur laisser des projets fiables.

BUSINESSMAG. L'Union des Comores est confrontée à une crise énergétique qui pénalise lourdement ses activités économiques. Comment adresserez-vous ce problème ? 8

Malheureusement ce problème perdure. En arrivant aux affaires en 1999, nous avions pu trouver des solutions transitoires mais pas de solutions définitives. Hélas, les seules solutions que nous avions trouvées, n’ont pas été entretenues par mon successeur. Nous avons fait une étude et la première étape était de trouver une solution immédiate en passant par les centres d’énergies thermiques. Nous n’avions pas d’autres choix. Nous allons nous y mettre et faire que très rapidement les comoriens puissent jouir de l’électricité continuellement.

Trouver une source d’énergie stratégique est primordial pour affronter cette période difficile. Aux Comores, nous avons la chance d’avoir le volcan Karthala qui est source d’énergie géothermique, nous avons l’eau avec laquelle nous pouvons fabriquer de l’énergie l’hydraulique, nous avons le vent, donc des fermes d’éoliennes peuvent être développées et nous avons la possibilité de l’énergie solaire. Nous avons tous les éléments qui peuvent nous donner de l’énergie de façon stratégique et qui peuvent convenir au pays dans la durée. Sur ce sujet, nous allons nous inspirer de Maurice et prendre exemple sur ce qui se fait ici.

BUSINESSMAG. Ce problème de crise énergétique touche quel secteur d’activité en particulier ? 9

C’est un problème qui touche l’ensemble de la société au quotidien parce que pour vivre il faut un minimum d’énergie domestique. Les opérateurs économiques ne peuvent définitivement pas travailler sans énergie. Cette situation touche également, les artisans mais aussi les commerçants qui font face à des problèmes pour le stockage de leurs produits. Cela peut dériver sur des problèmes sanitaires car si le produit mise en vente n’a pas été bien conservé, il peut causer des problèmes de santé.

BUSINESSMAG. Le chômage des jeunes, notamment celui des diplômés, a franchi la barre des 50 % depuis 2014. Cela a de quoi inquiéter. Vous préconisez quelle solution prioritaire ? 10

Nous faisons face à un problème chronique de chômage chez les jeunes. Les Comores ont leur  propre université depuis treize ans et il y a beaucoup de Comoriens qui y sont formés. D’autres sont formés ailleurs comme à Maurice. D’ailleurs une de nos compatriotes est sortie major de la promotion Licence de Gestion avec mention Très Bien à la MCCI Business School. Les jeunes sont l’avenir de notre pays, ils ont un potentiel énorme qui peut bénéficier au pays. Pour contrecarrer ce problème de chômage, nous nous tournerons vers l’entrepreneuriat et le secteur privé.

Nous invitons donc les opérateurs économiques internationaux à s’installer chez nous. Je dois préciser que nous avons créé de bonnes conditions permettant l’investissement étranger. Nous disposons d’un code d’investissements très avantageux qui donne aux investisseurs une exonération de tous impôts et taxes pendant cinq ans. Ce tax holiday est d’ailleurs renouvelable. Et c’est sans doute l’un des codes d’investissements les plus attrayants de l’Océan Indien et de l’Afrique de l’Est. Les jeunes comoriens peuvent ainsi apprendre auprès des opérateurs étrangers qui viennent s’installer. Par ailleurs, nous mettons tout en œuvre pour que les opérateurs étrangers ou nationaux puissent avoir recours facilement à des financements bancaires sur place pour travailler.

BUSINESSMAG. Wassilati MBae, chef d’entreprise comorienne, a remporté en 2015 le prestigieux prix de l’association CosmeBio pour son entreprise de cosmétiques  « Usuri », spécialisée dans la culture et la production de la fleur d’ylang-ylang. Est-ce que les femmes peuvent devenir un des piliers de l’économie comorienne ? 11

La réussite des femmes entrepreneures comoriennes prouve que les comoriens ont le sens des affaires. Il y a des jeunes qui sont courageux, talentueux et qui s’investissent et ce prix est très encourageant. Wassilati MBae, une jeune femme de la diaspora comorienne de France et son exemple va dans le sens de ce que nous attendons de notre diaspora. Et une autre femme comorienne a été primée par la médaille de Chevalier de l’Ordre du Mérite Agricole en France. Son entreprise a les certifications bios les plus prestigieuses telles que Bio Suisse, Bio Japan, NOP et la certification équitable notamment. D’ailleurs elle m’accompagne au 27ème sommet de l’Union Africaine de Kigali pour faire la promotion de la femme d’affaires comorienne dans ce pays modèle pour nous africains, Le Rwanda. Nous sommes prêts à soutenir l’entreprenariat féminin et à les accompagner dans leur cheminement.

BUSINESSMAG. A combien s’est élevé l’investissement direct étranger en 2015 ? 12 

Je n’ai pas encore eu les chiffres finaux pour le moment. Mais je me souviens qu’à un moment donné l’Etat lui-même avait assuré le financement des investissements nationaux. Nous avons à nos côté des bailleurs de fonds internationaux tels que le FMI, la Banque Mondiale qui sont prêts à nous accompagner dans notre développement. Nous entretenons, d’ailleurs de très bonnes relations avec le FMI, la Banque Mondiale, l’Union Européenne et l’AFD. Mais l’Etat contribue également à l’investissement car c’est là l’investissement le plus sûr. Il est vrai que nous sommes confrontés à des difficultés primaires mais nous allons faire en sorte que l’Etat lui-même ait sa part d’investissement dans le budget.

BUSINESSMAG. En parlant d’investissement, quels sont les principaux partenaires commerciaux de l'Union des Comores ? 13

C’est très relatif. Nos partenariats sont beaucoup plus multilatéraux que bilatéraux. Néanmoins nous avons de bonnes relations avec Maurice et nous voulons hisser cette relation à un niveau encore plus élevé. Lors de mon passage à Maurice en juillet, j’ai eu une rencontre avec Madame la Présidente Ameenah Gurib-Fakim et le Premier Ministre Sir Aneerood Jugnauth pour mettre en place un système ministériel, soit un comité de suivi qui nous permettra de faire un bilan chaque année. Cela peut se faire ici comme cela peut se faire à Moroni. Par ailleurs, nous avons aussi de bonnes relations avec les pays comme la France, l’Arabie Saoudite ou encore la Chine.

BUSINESSMAG. Maurice exporte environ Rs 200 millions soit 6 millions de USD de marchandises vers les Comores. Vous représentez donc un marché important pour les exportateurs mauriciens. Quelques entreprises mauriciennes ont même montré un intérêt de s’implanter chez vous. Quels sont les avantages auxquels peuvent s’attendre les éventuels investisseurs mauriciens ? 14

Avant tout, je dois faire ressortir que nous avons déjà pris contact avec Air Mauritius et nous examinerons le problème aérien. Il y a également un problème maritime. Et tout cela constitue un frein structurel aux échanges entre nos deux pays. Il faut savoir qu’Air Mauritius desservait les Comores dans les années 80 et nous avons bon espoir que cette liaison aérienne reprendra. Actuellement de Maurice aux Comores, cela peut prendre une journée car il faut passer par Madagascar ou l’île de la Réunion ; avant c’était un vol direct qui durait deux heures. Si nous arrivons à rétablir cette connexion avec une liaison directe, ce sera l’idéal pour les deux parties. Car si nous voulons réellement stimuler le business entre Maurice et les Comores, nous avons absolument besoin d’une bonne connexion maritime et aérienne.

Lors de mon passage ici à Maurice, j’ai eu le plaisir de faire une visite à la Chambre de Commerce de Maurice et Entreprise Mauritius pour les inciter à venir investir aux Comores, un marché d’avenir incontestablement. Par exemple nous sommes l’unique portail d’entrée dans le marché du golf-arabo-persique parce que nous sommes le seul membre de la Ligue des Etats Arabes dans la zone. Nous pouvons profiter du concept « iles vanilles » pour développer ensemble le tourisme de l’Océan Indien, nous enrichir de la diversité de nos iles et crée une vraie destination régionale. Et les Comores ont des atouts majeurs pour un tourisme de découvertes.  Venez investir aux Comores parce que la stabilité et la sécurité sont là, le potentiel et les opportunités existent et l’engagement politique est ferme.